• [Participation au tournoi de textes] D'un autre monde que le mien

    Voici ma participation au tournoi de textes organisé par Queen Paramount. Mon récit devait se passer au Moyen-Age, et l'un des personnages devait être stupide. J'ai bien galéré à trouver une idée et je ne suis absolument pas satisfaite de ce texte, mais au moins, j'ai essayé !

     


     

     

    Je marchais depuis quelques heures déjà dans la forêt, et je commençais à être fatigué. Mes jambes devenaient douloureuses, et il me restait encore une bonne partie de l'après-midi pour continuer et rentrer chez moi. M'autorisant une pause, je m'assis sur le tronc d'un arbre abattu, en prenant bien soin d'écarter la mousse qui le couvrait par endroits pour ne pas me tâcher. Ma mère et ma sœur avaient déjà bien à faire avec les vêtements constamment salis et déchirés des plus jeunes.

     

    Je contemplai le butin que j'avais amassé jusqu'à maintenant : il était bien maigre, et cet unique petit lapin ne me permettrait même pas de nourrir toute la famille. Je me remis en route, un peu reposé.

     

    Les récoltes, cette année, n'étaient pas bonnes du tout. Le temps avait été trop pluvieux, et l'humidité avait fait pourrir une bonne moitié des cultures de mes parents. Le pain manquait. Alors, au lieu de l'aider dans les champs, j'avais pour devoir de ramener de quoi manger en me débrouillant autrement. Quelquefois, j'étais chanceux, et je pouvais rapporter suffisamment à ma famille pour que nous puissions saler certains morceaux de viande et les garder pour l'hiver qui approchait. Mais le braconnage était trop imprévisible, et, avec le temps, les animaux pris dans mes collets se faisaient de moins en moins nombreux.

     

    Il me restait encore quatre pièges à vérifier. Je continuai à avancer, enjambant prudemment les orties et autres plantes au contact désagréable que ma mère m'avait appris à reconnaître. Je devais sans cesse dévier ma route pour éviter les arbres qui se dressaient devant moi. Je ne suivais pas le chemin de terre qui traversait les bois, c'était bien trop dangereux. Je ne voulais pas plus risquer de rencontrer le seigneur ou un de ses amis, qui pourrait alors comprendre que je chassais sur ses terres. Le cachot ou le fouet, non merci. Je devais simplement nourrir ma famille.

     

    Le premier piège était vide. J'espérais que le second, que j'avais inventé, ne me décevrait pas. C'était la première fois que je l'essayais. Quelques mètres plus tard, j'aperçus un bout du fil qui pendait vers le sol. J'avais pourtant fait tout mon possible, mais il n'était pas bien discret, n'importe qui se promenant hors du sentier pouvait le voir. Quelle ne fut pas ma surprise quand j'arrivai près des arbres entre lesquels il était tendu ! Je reculai d'un pas et observai ma prise avec inquiétude et étonnement.

     

    - Ne m'approchez pas ! fit la prise d'une voix aiguë.
    - Il faut pourtant que je vous libère, dis-je en reprenant confiance. Vous m'avez tout l'air d'être coincée dans ce piège.
    - J'y arriverai seule.

     

    J'en doutais beaucoup. La fille qui se débattait en face de moi ne semblait pas très forte.

     

    - Laissez-moi vous aider, proposai-je. Je sais comment ce piège fonctionne, vous serez libre plus rapidement.
    - Je ne vous connais pas, qui me dit que vous ne me ferez pas de mal ?
    - Ne soyez pas si fière, et réfléchissez, ai-je l'air de vouloir vous faire du mal ?
    - Si vous insistez... soupira-t-elle.

     

    Je ne savais pas qui elle était, je ne me souvenais pas l'avoir déjà vue quelque part. Je la libérai du piège dans lequel elle était entortillée, en prenant soin de ne pas déchirer sa robe.

     

    - Merci, dit-elle en remettant sa coiffure en place.
    - D'où venez-vous ? demandai-je.
    - J'habite au château. Mon père possède ces terres et cette forêt.
    - Ah... D'accord. Mais que faites-vous ici, seule ?
    - Je me suis disputée avec ma servante. Après, elle a voulu m'obliger à rentrer, mais je n'en avais pas envie. Elle m'a laissé le choix entre me promener seule, et rentrer avec elle. Je suis partie et elle n'est pas restée avec moi. Elle n'avait pas le droit de m'abandonner, je la ferais punir à mon retour.
    - Vous êtes perdue ?
    - Non, pas du tout !
    - Si vous savez retrouver votre chemin, alors je vaque à mes occupations.

     

     

    Je la saluai et repartis à la recherche de mes derniers collets, quand un cri me fit sursauter. Je me retournai, mais j'étais trop loin pour pouvoir voir la fille. Je retournai sur mes pas, en faisant attention à ne pas faire de bruit. Mais quand je retrouvai enfin l'endroit où j'avais laissé la demoiselle, elle était seule, debout, la tête penchée vers quelque chose au sol que je ne pouvais pas voir, puisqu'elle me tournait le dos.

     

    - C'est vous qui avez crié ? demandai-je, la faisant sursauter.
    - Oui ! Regardez ce qui est tombé de votre sac !

     

    Au milieu de l'herbe et des feuilles mêlées, gisait, inerte, le lapin que j'avais attrapé plus tôt. Je le ramassai prestement et le remis dans ma besace, sous les yeux ébahis de la fille.

     

    - Pourquoi vous faites cela ? Il est mort ? C'est vous qui l'avez tué ?
    - Oui, je l'ai tué. Je le ramène chez moi pour le manger.
    - Le manger ? Vous êtes cruel !
    - Vous n'en mangez pas, vous, au château, de la viande ?
    - Si, nous en mangeons, mais on ne nous sert certainement pas d'animal mort !
    - Ma chère, répliquai-je, levant les yeux au ciel, sachez qu'un animal mort comme ce lapin, une poule ou un chapon, devient de la viande une fois qu'il est préparé.
    - Ah bon ? C'est curieux, on ne me l'avait jamais dit... Quelle horreur !
    - Il faut bien se nourrir, vous savez.
    - On peut toujours manger du pain, et des légumes.
    - Nous manquons de céréales pour faire le pain.
    - Au château, nous avons pourtant beaucoup de blé.

     

    Je levai les yeux au ciel une nouvelle fois. Mais qui était cette fille qui, du haut de son château, pouvait tant ignorer ? Je repartais en direction du prochain piège, en me disant que j'avais assez perdu de temps, mais elle m'apostropha encore :

     

    - Eh ! Attendez !
    - Qu'est-ce qu'il y a, cette fois ? soupirai-je.
    - Je... Je ne sais pas comment rentrer...
    - Bon, j'ai quelque chose à faire, mais je veux bien ensuite vous accompagner jusqu'au château. Vous auriez dû me le dire plus tôt.
    - Je vous suis.

     

    Je pris un raccourci, ce que j'aurais dû faire bien avant, et je pus enfin découvrir mes pièges. Vides.

     

    - C'est quoi ? demanda-t-elle, en s'accroupissant à côté du collet.
    - Un piège. Pour attraper les animaux.

     

    Elle fit une grimace, se releva mais ne dit rien. Silencieusement, nous repartîmes en direction du château, toujours à travers la forêt. Les gazouillements des oiseaux et le bruit du vent sur les feuilles accompagnaient celui de nos pas.

     

    - Comment vous appelez-vous ? dis-je après un moment.
    - Anne de Turgis. Et vous, quel est votre nom ?
    - Pierre.
    - Où vivez-vous ?
    - Au village, non loin de votre château.
    - Ah, oui, j'y suis allée une fois, avec une servante, pour essayer une robe.

     

     

    Cette fille, Anne, venait assurément d'un autre monde que le mien. Soucieuse de ne pas abîmer sa tenue, elle marchait lentement en grandes enjambées, scrutant le sol avec application. A chaque craquement de branche, elle regardait autour d'elle et s'effrayait. Moi, je pensais déjà à la punition que je recevrai en rentrant aussi tard, sans compter l'inquiétude de ma mère à ne pas me voir revenir.

    Le loup surgit devant nous alors que je ne m'y attendais pas. Nous nous arrêtâmes, surpris, tous les trois.

     

    - Ne bougez pas, murmurai-je à Anne. Vous nous mettriez en danger.
    - Il est joli, répondit-elle.

     

    C'était vrai. Son pelage argenté lui conférait une sorte de prestance naturelle et son fin museau gris clair ne le laissait pas paraître menaçant. De ses yeux verts, il nous mettait au défi de tenter quelque chose envers lui. Debout sur ses pattes solides, il nous faisait comprendre qu'il ne s'en irait pas.
    Je vis Anne faire un pas en sa direction, puis deux, d'une démarche peu assurée. Je lui soufflai de revenir, de ne pas faire de bêtise. Un loup sauvage reste dangereux.

    A ce moment, je le vis se lécher les babines d'un coup de langue vif. Je compris que le gibier ne se faisait pas seulement rare pour nous, les hommes, mais aussi pour lui.

     

    - Grimpez dans l'arbre à votre droite, Anne, ne soyez pas stupide.
    - Laissez-moi tranquille. Je ne suis pas une enfant, je peux faire ce qui me semble bien.

     

    Je n'eus pas le temps d'argumenter plus. Le loup, sans attendre, bondit sur Anne et, sous mes yeux, la mordit au cou. Je tentai de le chasser à coup de branche, mais je savais bien qu'au fond je ne faisais que risquer ma vie et celle de ma famille.

    J'entendis alors les sabots de chevaux se rapprocher. Depuis un buisson, j'assistai à la découverte du cadavre de ma compagne et à la chasse du loup. Je repartis sans me faire remarquer, certain que je me souviendrais toujours de cette jeune fille en robe rouge.


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