• Ecrits

    Cette rubrique recense tous les textes que j'ai écrit et que je vous partage, dans le but d'avoir des avis/des conseils. 

  • Virgules

     

    « Elle a peur de moi. Peur que je fasse une crise. »

     

    Mais moi aussi j'ai peur tu sais, j'ai la trouille parce que je sais que je réussirais pas à te consoler, parce que je sais qu'il y a les autres, toujours les autres, qui feront mieux que moi, parce que ça me rappelle moi et parce que je serais triste avec toi.

     

    J'arrive pas à comprendre comment t'en es arrivée là, comment on n'a pas réussi à te relever avant qu'il soit trop tard, comment c'est possible de survivre comme ça, comment t'arrive pas à t'en sortir.

     

    J'ai envie de relever ta tête, de te secouer, de te dire regarde le ciel, regarde, regarde les oiseaux, le soleil, la vie, la pluie, les nuages, la vie continue, regarde, regarde, regarde, arrête de gâcher tes jours, regarde, c'est encore beau dehors, sors, saisis la main qu'on te tend tous, une bonne fois pour toute.

     

    J'ai envie de t'emmener dans un endroit bien, un endroit doux, avec plein de soleil et de rêves, j'ai envie de te voir sourire toute la journée, j'ai envie de te voir aller mieux mais vraiment mieux. De t'emmener à la mer marcher dans le sable et les rochers et regarder le soleil se coucher. J'ai envie de virer le noir de nos têtes, de le remplacer par du rouge, du jaune, du violet, du rose, du bleu, du vert.

     

    Je veux te crier stop, on arrête, on recommence là où on en était avant, quand on se baladait dans les rues en riant sans arrêt, on efface la fin 2014 et 2015 aussi, on dégage les pleurs les larmes les yeux rouges les doigts qui se serrent dans le vide et on reprend, stop, tu m'entends, c'était pas la bonne prise, coupez, on refait.

     

    J'écrirais bien en majuscules, la vie est belle, LA VIE EST BELLE, là, tu vois, je l'ai fait, je peux pas crier plus fort, la vie est belle et t'as que dix-sept ans, profites-en. T'es quelqu'un de bien, et même si je sais pas vraiment si je peux te faire confiance eh bien je le fais, parce que c'est toi, parce que t'en as besoin, que je ne te demande plus tous les midis si t'as mangé, si t'as parlé, si.

     

    Alors j'ai peur, on a tous peur pour toi, parce qu'on voit pas la fin, parce qu'on sait pas quand ni comment ça va se terminer, et parce qu'on veut que tu surmontes tout ça mais qu'on n'arrive plus à bien t'aider.

     

    "Dans toutes les larmes s'attarde un espoir."

    Simone de Beauvoir


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  •  

    On rentre
    La musique dans les oreilles on n'entend plus le monde
    On danse
    Le corps enflammé on reste dans notre monde

    Mais est-ce de notre faute si on ne sait pas
    Comment ça va dans les pays là-bas
    Si on s'indigne juste un peu tout bas
    Pour que les autres n'entendent pas

    La télé
    Tourne devant nos yeux, mais faut se méfier
    Les violences
    C'est sans doute un complot organisé

    Mais est-ce de notre faute si on ne sait pas
    Comment ça va dans les pays là-bas
    Si on s'indigne juste un peu tout bas
    Pour que les autres n'entendent pas

    Si on ôtait le casque on serait bien trop choqués
    Après tout on est là pour profiter
    De la vie, telle qu'elle est donnée
    Et tant pis si les autres meurent à côté


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  • Voici ma participation au tournoi de textes organisé par Queen Paramount. Mon récit devait se passer au Moyen-Age, et l'un des personnages devait être stupide. J'ai bien galéré à trouver une idée et je ne suis absolument pas satisfaite de ce texte, mais au moins, j'ai essayé !

     


     

     

    Je marchais depuis quelques heures déjà dans la forêt, et je commençais à être fatigué. Mes jambes devenaient douloureuses, et il me restait encore une bonne partie de l'après-midi pour continuer et rentrer chez moi. M'autorisant une pause, je m'assis sur le tronc d'un arbre abattu, en prenant bien soin d'écarter la mousse qui le couvrait par endroits pour ne pas me tâcher. Ma mère et ma sœur avaient déjà bien à faire avec les vêtements constamment salis et déchirés des plus jeunes.

     

    Je contemplai le butin que j'avais amassé jusqu'à maintenant : il était bien maigre, et cet unique petit lapin ne me permettrait même pas de nourrir toute la famille. Je me remis en route, un peu reposé.

     

    Les récoltes, cette année, n'étaient pas bonnes du tout. Le temps avait été trop pluvieux, et l'humidité avait fait pourrir une bonne moitié des cultures de mes parents. Le pain manquait. Alors, au lieu de l'aider dans les champs, j'avais pour devoir de ramener de quoi manger en me débrouillant autrement. Quelquefois, j'étais chanceux, et je pouvais rapporter suffisamment à ma famille pour que nous puissions saler certains morceaux de viande et les garder pour l'hiver qui approchait. Mais le braconnage était trop imprévisible, et, avec le temps, les animaux pris dans mes collets se faisaient de moins en moins nombreux.

     

    Il me restait encore quatre pièges à vérifier. Je continuai à avancer, enjambant prudemment les orties et autres plantes au contact désagréable que ma mère m'avait appris à reconnaître. Je devais sans cesse dévier ma route pour éviter les arbres qui se dressaient devant moi. Je ne suivais pas le chemin de terre qui traversait les bois, c'était bien trop dangereux. Je ne voulais pas plus risquer de rencontrer le seigneur ou un de ses amis, qui pourrait alors comprendre que je chassais sur ses terres. Le cachot ou le fouet, non merci. Je devais simplement nourrir ma famille.

     

    Le premier piège était vide. J'espérais que le second, que j'avais inventé, ne me décevrait pas. C'était la première fois que je l'essayais. Quelques mètres plus tard, j'aperçus un bout du fil qui pendait vers le sol. J'avais pourtant fait tout mon possible, mais il n'était pas bien discret, n'importe qui se promenant hors du sentier pouvait le voir. Quelle ne fut pas ma surprise quand j'arrivai près des arbres entre lesquels il était tendu ! Je reculai d'un pas et observai ma prise avec inquiétude et étonnement.

     

    - Ne m'approchez pas ! fit la prise d'une voix aiguë.
    - Il faut pourtant que je vous libère, dis-je en reprenant confiance. Vous m'avez tout l'air d'être coincée dans ce piège.
    - J'y arriverai seule.

     

    J'en doutais beaucoup. La fille qui se débattait en face de moi ne semblait pas très forte.

     

    - Laissez-moi vous aider, proposai-je. Je sais comment ce piège fonctionne, vous serez libre plus rapidement.
    - Je ne vous connais pas, qui me dit que vous ne me ferez pas de mal ?
    - Ne soyez pas si fière, et réfléchissez, ai-je l'air de vouloir vous faire du mal ?
    - Si vous insistez... soupira-t-elle.

     

    Je ne savais pas qui elle était, je ne me souvenais pas l'avoir déjà vue quelque part. Je la libérai du piège dans lequel elle était entortillée, en prenant soin de ne pas déchirer sa robe.

     

    - Merci, dit-elle en remettant sa coiffure en place.
    - D'où venez-vous ? demandai-je.
    - J'habite au château. Mon père possède ces terres et cette forêt.
    - Ah... D'accord. Mais que faites-vous ici, seule ?
    - Je me suis disputée avec ma servante. Après, elle a voulu m'obliger à rentrer, mais je n'en avais pas envie. Elle m'a laissé le choix entre me promener seule, et rentrer avec elle. Je suis partie et elle n'est pas restée avec moi. Elle n'avait pas le droit de m'abandonner, je la ferais punir à mon retour.
    - Vous êtes perdue ?
    - Non, pas du tout !
    - Si vous savez retrouver votre chemin, alors je vaque à mes occupations.

     

     

    Je la saluai et repartis à la recherche de mes derniers collets, quand un cri me fit sursauter. Je me retournai, mais j'étais trop loin pour pouvoir voir la fille. Je retournai sur mes pas, en faisant attention à ne pas faire de bruit. Mais quand je retrouvai enfin l'endroit où j'avais laissé la demoiselle, elle était seule, debout, la tête penchée vers quelque chose au sol que je ne pouvais pas voir, puisqu'elle me tournait le dos.

     

    - C'est vous qui avez crié ? demandai-je, la faisant sursauter.
    - Oui ! Regardez ce qui est tombé de votre sac !

     

    Au milieu de l'herbe et des feuilles mêlées, gisait, inerte, le lapin que j'avais attrapé plus tôt. Je le ramassai prestement et le remis dans ma besace, sous les yeux ébahis de la fille.

     

    - Pourquoi vous faites cela ? Il est mort ? C'est vous qui l'avez tué ?
    - Oui, je l'ai tué. Je le ramène chez moi pour le manger.
    - Le manger ? Vous êtes cruel !
    - Vous n'en mangez pas, vous, au château, de la viande ?
    - Si, nous en mangeons, mais on ne nous sert certainement pas d'animal mort !
    - Ma chère, répliquai-je, levant les yeux au ciel, sachez qu'un animal mort comme ce lapin, une poule ou un chapon, devient de la viande une fois qu'il est préparé.
    - Ah bon ? C'est curieux, on ne me l'avait jamais dit... Quelle horreur !
    - Il faut bien se nourrir, vous savez.
    - On peut toujours manger du pain, et des légumes.
    - Nous manquons de céréales pour faire le pain.
    - Au château, nous avons pourtant beaucoup de blé.

     

    Je levai les yeux au ciel une nouvelle fois. Mais qui était cette fille qui, du haut de son château, pouvait tant ignorer ? Je repartais en direction du prochain piège, en me disant que j'avais assez perdu de temps, mais elle m'apostropha encore :

     

    - Eh ! Attendez !
    - Qu'est-ce qu'il y a, cette fois ? soupirai-je.
    - Je... Je ne sais pas comment rentrer...
    - Bon, j'ai quelque chose à faire, mais je veux bien ensuite vous accompagner jusqu'au château. Vous auriez dû me le dire plus tôt.
    - Je vous suis.

     

    Je pris un raccourci, ce que j'aurais dû faire bien avant, et je pus enfin découvrir mes pièges. Vides.

     

    - C'est quoi ? demanda-t-elle, en s'accroupissant à côté du collet.
    - Un piège. Pour attraper les animaux.

     

    Elle fit une grimace, se releva mais ne dit rien. Silencieusement, nous repartîmes en direction du château, toujours à travers la forêt. Les gazouillements des oiseaux et le bruit du vent sur les feuilles accompagnaient celui de nos pas.

     

    - Comment vous appelez-vous ? dis-je après un moment.
    - Anne de Turgis. Et vous, quel est votre nom ?
    - Pierre.
    - Où vivez-vous ?
    - Au village, non loin de votre château.
    - Ah, oui, j'y suis allée une fois, avec une servante, pour essayer une robe.

     

     

    Cette fille, Anne, venait assurément d'un autre monde que le mien. Soucieuse de ne pas abîmer sa tenue, elle marchait lentement en grandes enjambées, scrutant le sol avec application. A chaque craquement de branche, elle regardait autour d'elle et s'effrayait. Moi, je pensais déjà à la punition que je recevrai en rentrant aussi tard, sans compter l'inquiétude de ma mère à ne pas me voir revenir.

    Le loup surgit devant nous alors que je ne m'y attendais pas. Nous nous arrêtâmes, surpris, tous les trois.

     

    - Ne bougez pas, murmurai-je à Anne. Vous nous mettriez en danger.
    - Il est joli, répondit-elle.

     

    C'était vrai. Son pelage argenté lui conférait une sorte de prestance naturelle et son fin museau gris clair ne le laissait pas paraître menaçant. De ses yeux verts, il nous mettait au défi de tenter quelque chose envers lui. Debout sur ses pattes solides, il nous faisait comprendre qu'il ne s'en irait pas.
    Je vis Anne faire un pas en sa direction, puis deux, d'une démarche peu assurée. Je lui soufflai de revenir, de ne pas faire de bêtise. Un loup sauvage reste dangereux.

    A ce moment, je le vis se lécher les babines d'un coup de langue vif. Je compris que le gibier ne se faisait pas seulement rare pour nous, les hommes, mais aussi pour lui.

     

    - Grimpez dans l'arbre à votre droite, Anne, ne soyez pas stupide.
    - Laissez-moi tranquille. Je ne suis pas une enfant, je peux faire ce qui me semble bien.

     

    Je n'eus pas le temps d'argumenter plus. Le loup, sans attendre, bondit sur Anne et, sous mes yeux, la mordit au cou. Je tentai de le chasser à coup de branche, mais je savais bien qu'au fond je ne faisais que risquer ma vie et celle de ma famille.

    J'entendis alors les sabots de chevaux se rapprocher. Depuis un buisson, j'assistai à la découverte du cadavre de ma compagne et à la chasse du loup. Je repartis sans me faire remarquer, certain que je me souviendrais toujours de cette jeune fille en robe rouge.


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  • La disparue

     

    Une paire de chaussures jamais rangée
    Une chaise inoccupée
    Une brosse à dents inutilisée
    Un bouquet de fleurs desséché

    Une chambre trop bien tenue
    Où tout est à sa place
    Une place vide en face
    D'un parent irrésolu

    Un nom qui tous les jours
    Manque en classe à l'appel
    Des mains qui prient le ciel
    Espérant ton retour

    Les mobilisations ont cessé
    Les gens détournent leurs pensées
    De toi, car le temps a trop passé
    Depuis qu'ils t'ont enlevée.

     

     


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  • Tellement j'ai peur pour toi - Lettre à M.

    C'est fini. J'arrête. Ça fait deux semaines, deux semaines que je n'ai pas écrit plus de deux lignes, deux semaines que je dis «ça va» à tous ceux qui me le demandent, deux semaines que ma personnalité se dédouble, qu'au lycée je ne laisse rien paraître et que je m'effondre à la maison. J'ai même pas réussi à fêter l'anniversaire de ma mère, tu m'entends ? Même pas réussi à esquisser un sourire correctement, même pas réussi à lui trouver un cadeau, parce que j'avais ni le cœur ni la tête à ça. Je dis par Skype que ça va pas, à la seule personne à qui je peux tout dire, mais je ne sais même pas vraiment pourquoi. "Un ensemble de choses", comme tu dis.

    J'ai vécu un peu la même chose que toi, tu sais, je te l'ai raconté, pour que tu saches que je peux tout entendre. Je te comprends, je sais comme ça fait mal, comme ça détruit. Pour moi, ça fait plus d'un an, ou six, tout dépend du point de vue, mais j'y pense tous les jours. Alors tu vois, moi, je voulais t'aider.

    J'ai pas trouvé les mots qu'il fallait au bon moment. J'ai pas osé dire, j'ai pas osé. J'ai pas su te consoler. J'ai pas réussi à t'aider.

    Maintenant, tu vois, j'ai l'impression que malgré tout, tu n'as pas vraiment besoin de moi. Il y a pas mal de gens qui en savent plus que moi. Plusieurs qui réussissent à te consoler, à prendre les devants, ou au moins qui le font mieux que moi.

    Bien sûr que je vais continuer à tenter de te consoler quand tu exploses en larmes, parce que dès que je vois que tu n'es pas bien, mon corps se glace, mes mains tremblent et mon cœur se ralentit, tellement j'ai peur pour toi. Mais je ne veux plus me rendre malade d'inquiétude comme ces dernières semaines. Je considère que je t'ai laissé assez d'occasion de parler si tu en avais besoin. Je sais que c'est difficile, que dans ces périodes-là on est particulièrement égoïste, et tu l'es, mais je ne peux plus. Je refuse de continuer à me battre, j'abandonne, je te laisse te débrouiller. C'est dur, bien sûr, de dire ça comme ça, mais tu m'entraînes dans ta chute et je le refuse.

     

    P.S. : Ma main restera tendue dans le gouffre, si jamais tu veux la saisir. Parce que malgré tout, tu es une fille bien.


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