• Les après-midi chez ma grand-mère paternelle avait quelque chose d’une cérémonie royale. Mon petit frère et moi-même attendions la fin de nos journées d’école avec impatience, mais peut-être pour d’autres raisons que les 99% des camarades. Notre grand-mère venait nous attendre devant la grille et nous rentrions à pied tous les jours. Sur le palier de sa grande maison victorienne, c’était à notre tour de patienter le temps qu’elle trouve les clés dans son sac à main. Nous rentrions tous les trois, et je pouvais enfin sentir l’odeur envoûtante qui venait de la cuisine à toute période de la journée, peu importe la saison, sans que personne ne cherchât un jour comment la maison pouvait embaumer comme telle durant toute la journée. Personnellement, si on m’avait demandé j’aurai répondu que les meubles de Mamie en étaient imprégnés.

     

    Nous nous asseyions autour de sa table et elle allait chercher ce pourquoi elle était la meilleure des grands-mères. Selon son humeur, nous avions droit à des clafoutis, des brownies, des tartelettes à la framboise, des Paris-Brest, des cookies à la cannelle, des muffins au chocolat et à la pistache, des croque-monsieur à la pomme, du fromage blanc au caramel au beurre salé, des crêpes. Nous étions pour ainsi dire les rois quand Mamie s’absentait quelques minutes le temps de ramener ces gourmandises. Tous ceux qui y avaient un jour goûté pouvaient témoigner du talent unique de cuisinière de cette femme très appréciée dans son quartier. Autour de ce festin, Mamie nous posait des questions sur notre interminable journée, nous lui répondions la mâchoire et le palais sur le point d’exploser de mille saveurs et de mille sensations de douceur.

     

    • Nous avons appris les couleurs en anglais aujourd’hui, répondis-je une fois au regard curieux de Mamie. Si une chose pouvait qualifier ma grand-mère autrement que « meilleur pâtissière du monde entier », il y avait bien « la plus sujette à la curiosité d’apprendre », car dès qu’elle trouvait une solution à un problème de mathématiques, qu’elle apprenait une formule chimique ou qu’elle lisait un poème que mon petit frère devait apprendre, elle pouvait être prise d’un enthousiasme débordant.

    • C’est important les couleurs, on devrait les apprendre de toutes les langues dès notre plus jeune âge, et ainsi nous pourrions communiquer avec le monde entier rien qu’en parlant d’un arc-en-ciel !

    • Oui, enfin, Mamie, l’anglais c’est assez difficile comme ça…

    • Ma chérie, apprends toujours à compter sur tes doigts avant de compter sur les autres, tu n’en sortiras que plus heureuse plus tard. D’ailleurs, avec cette langue, tu pourras m’emmener sur la côte de l’Angleterre, ça me ferait très plaisir de pouvoir saluer ton grand-père depuis l’autre rive, s’extasia-t-elle innocemment.

     

    La mère de mon père pouvait relever nombre de défis, elle avait battu un cancer même, et avait réussi à garder une maison flambant neuve avec sa seule motivation, mais elle parlait très rarement de son mari, décédé quand son dernier enfant n’avait encore que quatre années en 2023. Papi n’avait connu aucun de ses petits-enfants, mais mon père m’avait déjà confié qu’il en gardait des souvenirs qui lui laissaient penser que ça aurait été son plus grand rêve. J’avais demandé un jour à ma grand-mère comment était-il, à quoi il ressemblait. D’un regard plongé vers un endroit que plus personne ne pouvait atteindre, elle me raconta que Papi fut un homme plein d’espoir et d’amour. Il aimait ses enfants et les protégeaient comme si sa vie ne valait pas le coup si l’un d’entre eux n’était pas heureux.

     

    Il n’était pas très costaud sur les photos de famille de ce passé, mais il paraissait réellement le pilier de la famille. A sa mort, beaucoup avait accompagné la famille dans son deuil, ma grand-mère avait paru inconsolable et quand les médecins lui avaient annoncés la nouvelle catastrophe, elle s’était opposée de toutes ses forces. La cicatrice dans sa nuque qu’elle gardait de cette terrible épreuve était l’ultime faveur que lui avait donnée la vie, la confirmation qu’elle avait relevé la tête.

     

    • Elle n’a rien pu faire pour son mari, mais elle a tué cette saloperie, avais-je entendu ma mère proclamé comme si ça avait été toute la famille qui s’y était mis.

     

    Les années avaient passé, les souvenirs s’étaient réfugiés dans un espace bien connu de ma grand-mère, qu’elle gardait précieusement et qui ne donnait la preuve d’existence seulement à quelques repas de Noël quand la famille était réunie. Cependant, j’avais toujours espéré qu’elle m’en dît plus au cours d’un des magiques goûters. Je ne m’habituerai jamais à l’atmosphère qui régnait dans le salon quand elle nous regardait manger, l’appétit rassasié par ce qu’elle pouvait apprendre de nous, de nos études quotidiennes. Un simple documentaire à la télévision ne lui suffisait pas, il fallait qu’elle demande plus de détails à l’un de nos parents quand ils venaient nous chercher sur le retour de leur travail.

     

    Quand il s’agissait de l’anglais, elle était animée par un regard solennel, un sentiment de solitude passait fugacement sur son visage. C’est ainsi que je lui voyais une grandeur d’âme, son passé la rattrapait toujours, inlassablement. Si ça faisait son bonheur, ça, je ne le savais guère. Mais son expression m‘avait toujours paru comme une prisonnière regrettant sa maison.

     

    • Mamie, pourquoi tu voudrais aller si loin pour faire coucou à Papi alors que tu peux le faire ici, sans partir loin de nous ? demanda mon petit frère soucieux. Tu ne veux plus nous voir ?

    • Bien sûr que non, Gaëtan. Ne dis pas de bêtises, le rassura-t-elle avec son sourire le plus apaisant. Jamais je n’arrêterai de vous cuisiner de bons petits plats ni partirai loin de toi. Je serai toujours là, mais si je me rapprochai de là où ton grand-père a vécu, je serai vraiment contente.

    • Il a vécu sur la côte de l’Angleterre ? m’étonnai-je. Je n’ai jamais entendu maman ou papa dire quoi que ce soit sur cette histoire…

    • Ludivine, ma petite fille, tu serais au courant si ça avait été le cas, gloussa Mamie. Ton grand-père a vécu son enfance en Normandie, et avait l’habitude d’aller pêcher dans la Manche avec son père. Il m’a emmené sur son bateau jusqu’en Angleterre en 2014. Je devais avoir à peine vingt ans à l’époque.

    • Oh ! Tu ne nous l’avais jamais dit. Vous vous êtes rencontrés quand vous étiez très jeune alors ? la questionnai-je alors avec un grand intérêt pour les histoires d’amour.

    • Oui, je n’ai jamais connu que ton grand-père, il a été l’homme de ma vie. Mon premier et dernier amour.

    • Beurk ! C’est pas cool vos histoires de filles, se détourna Gaëtan.

     

    Mon petit frère n’a jamais eu la fibre romantique ni la curiosité de s’approcher des filles pour autre chose que jouer au foot. Tant mieux dans un sens. Il s’orienta vers sa petite voiture volante et continua son cookie aux éclats de noisettes du jour en commandant le jouet et émettant des bruits de moteur.

     

    • Comment vous vous êtes rencontrés avec Papi ?

    • Sa famille était voisine avec celle du mari de ma grande sœur. Après leur mariage, j’ai été invité à passer l’été chez eux. Ma sœur était déjà enceinte de votre grand-oncle Baptiste. Hugues était le cadet de la famille Bastien. Le premier jour où je l’ai rencontré, c’était dans le salon de ma sœur. Un matin je me réveille, j’étais en chemise de nuit, je descendais les marches de l’escalier et j’entendais bien les voix en bas. J’attendais un peu, pour reconnaître qui parlait. C’était une conversation entre mon beau-frère Charles et un homme. J’avais des doutes si je devais descendre les interrompre ou si je devais attendre qu’il parte pour aller prendre mon petit-déjeuner. Ma sœur, la coquine, avait l’air d’avoir prévu son manège, elle me croisa et me tira de suite par la manche pour que je rejoigne le salon. Elle m’a alors présenté à Hugues, et j’ai compris que ce n’était pas la première qu’ils parlaient de moi entre eux. Le jeune homme qui était devant moi avait le visage complètement… ouvert, je ne peux pas dire mieux, ricana-t-elle. Il gardait sa bouche ouverte comme s’il était face à un extra-terrestre.

    • Ou à la plus belle femme qu’il est rencontré… soufflai-je discrètement.

    • Je ne pense pas avoir été une si belle femme que cette démonstration pouvait le faire croire, enfin. J’ai d’ailleurs vite compris que le charme de votre grand-père était dans son humour ! Il essayait toujours de faire rire la galerie, et me soutirer quelques sourires. Oh bien sûr je lui en donnais volontiers, mais j’étais sur mes gardes. J’entendais bien ma sœur et son mari parlait d’union, de temps qui passe, de mariage, d’enfants. Je n’ai jamais eu l’occasion de me divertir à l’époque, toute attelée à la tâche de venir en aide à mes parents. Je travaillais déjà à mes seize ans, je n’ai pas été longtemps à l’école, mais jamais je ne regrettais quand ma mère me remerciait de lui donner mon salaire. La vie n’avait pas gâté notre famille.

    • Mais ta sœur avait un mari, elle ne pouvait pas aider aussi ?

    • Elle le faisait, mais ce n’était pas une excuse pour que je ne donne pas un coup de main aussi. Mon père était au chômage et il n’a jamais eu une bonne relation avec nous. Seule ma mère nous éduquait et je lui devais tout. Hugues le savait, mais il était décidé de me conquérir.

    • Comment votre histoire a marché alors ?

    • Je suis repartie chez moi, chez ma mère en Bourgogne. J’ai appris que durant les derniers mois qui était passés entre l’été et mon retour, Hugues avait versé une certaine somme à ma sœur pour que je ne manque de rien. Il travaillait de côté pour payer ma part, et j’ai pu arrêter le travail au Buffalo Grill.

    • Il a fait ça !?

    • Bien sûr. Je ne l’ai pas appris tout de suite, il avait demandé à ce que ce soit gardé secret, déclara-t-elle. Il avait peur de ma réaction. Je suis retournée chez ma sœur dès que j’ai appris, et quand je l’ai revu, c’était comme si nous nous étions jamais vraiment quitté. Il m’a avoué qu’il avait passé beaucoup trop de temps à penser à moi, sans pouvoir me voir. Je lui ai promis qu’il était toujours dans mes pensées, et il m’a donné mon premier baiser.

    • C’est trop romantique… fondis-je, plongée dans mes rêves, imaginant la scène comme si elle était sous mes yeux.

    • Vroum vrouuum ! répondis mon petit frère.

    • Oui, oui. Vos parents ont aussi une belle histoire, tu n’auras qu’à demander à ta mère de ce qu’il s’est passé en 2039, quand elle et Jeremy étaient à New-York pour l’inauguration de la première moto volante, assura Mamie. D’ailleurs je crois que Margaux est arrivée, j’entends le chien clapper derrière la porte.

     

    Quand elle se leva pour quitter la pièce, je me jetai dans ses bras. Elle n’eut pas peur, elle me serra fort elle aussi.

     

    • Je t’aime fort Mamie, affirmai-je. Je te promets de t’emmener en Angleterre quand je serai plus grande.

    • Oui, ma chérie. On ira tous ensemble. Je t’aime ma belle, tu grandis si vite.

     


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  • Mille excuses, je viens de me rendre compte que je n'avais pas posté toutes les participations au concours (qui a été annulé). Je rattrape mon retard, promis.


     

    - Mamie, raconte-nous une histoire de ta jeunesse ! demandèrent mes petits-enfants d'une voix mielleuse.

    Ils adorent que je leur raconte une histoire de moi, belle et jeune, en 2014.

    - D'accord, si vous êtes bien sages ! répondis-je, le sourire aux lèvres.

     

    - Oui grand-mère ! répondirent-ils en choeur tout en actionnant une musique de leur tablette tactile accrochée au mur.

     

    Je commençais donc mon récit :

    « J'avais 17 ans. Je cherchais un travail pour me faire un peu d'argent. Alors, après avoir donné mon CV aux entreprises les plus proches, on m'avait acceptée dans un restaurant appelé Mcdonalds. Je pense que vous savez ce que c'est, non ? Donc, acceptée dans ce restaurant rapide, une jeune dame d'à peu près 20 ans est venue me voir pour m'expliquer. Elle m'amena alors derrière le comptoir, là où on commandait, et m'expliqua tout assez rapidement. Elle sentait mauvais la friture, avait des cernes sous ses yeux et semblait déprimée. Sa voix était ferme et blasée. Elle me disait plusieurs choses, tout en désignant les endroits :

    - Bon, alors ici on chauffe les frites. Là y'a les menus Happy Meals pour gamins. T'ouvres la boîte en carton, tu mets les trucs dedans et hop tu fermes en repliant. Facile. Ici y'a les boissons, et les gobelets. Ensuite là bas on a les commandes par drive, mais vu que t'es nouvelle tu vas pas les faire.
    Je hochetais la tête mais je ne comprenais pas tout ce qu'elle disait. Elle parlait d'une rapidité, et quelques clients criaient :
    - Et mon McChicken ?!

    Elle les ignorait royalement. Elle disait que tant que ce n'était pas la commande qu'elle devait faire, elle ne répondait pas aux clients insatisfaits, mais que moi, je devais leur répondre puisque j'étais nouvelle. Pas très logique. Elle m'attribua un rôle aux bornes, c'est à dire, les gens qui ont commandé par cet espèce d'ordinateur venaient ici pour prendre ce qu'ils avaient demandés en quelques clics. C'est à ce moment que j'ai fait complètement n'importe quoi. J'ai soufflé un bon coup et je suis allée aux retraits des commandes. Il était treize heures pile, l'heure où les gens arrivent en masse. Mon écran tactile reçut une commande, la commande CB 49. J'ai mis tout ce qu'il fallait dedans, tranquillement. Quelques clients arrivaient devant moi avec leur ticket. Mais mon écran reçut une autre commande, la CB 51, et ça m'a complètement mélangée. Comme il fallait une boisson dans la CB 51, je suis allée en chercher. Mais j'ai confondu les deux plateaux et mis la boisson sur le plateau de la CB 49. C'est alors qu'un autre employé vint me voir, et me dit :

    - Mais putain, tu t'es trompée ! La CB 51 c'est à emporter, tu devais pas le mettre sur un plateau !
    Il partit à ses mots sans m'aider, et je mis tout dans un paquet à emporter. Sauf qu'en remettant tout, j'ai mélangé la CB 49 et CB 51. Je vis que cet employé revint avec un paquet à emporter et tout ce que la CB 51 devait avoir. Il avait en fait fait la commande de la CB 51 sans me prévenir.
    - Sérieux, je t'avais dit que je faisais la CB 51, qu'est ce que tu fous ?

    En même temps, une autre jeune employée m'interpela :

    - Eh la nouvelle, fais moi un ptit Ice Tea pour la commande de mademoiselle, steuplait ! Je chauffe les frites !

    Je partis donc faire son petit Ice Tea, laissant l'employé énervant en plan. Lorsque je suis revenue, l'employé énervant n'était pas là, et plusieurs clients faisaient la file devant, l'air mécontent.
    Je posais le petit Ice Tea que j'avais dans la main sur un plateau, sans faire exprès. Un jus d'orange était juste à côté de ma main. La jeune employée me reposa la question :

    - Alors, l'Ice Tea ?

    Sans faire attention à ce que j'avais sous la main, je lui donnais le verre de jus d'orange. Elle le prit et le donna à la demoiselle devant elle.

    Les clients devant moi commencèrent à s'impatienter et ils nous criaient dessus, impatients. Toute rouge, stressée, je ne réfléchis pas à mon acte et dis :

    - La commande CB 49, s'il vous plaît !

    Les gens qui avaient cette commande arrivèrent et me prirent le plateau des mains.

    Quelques secondes après, ils revenèrent, plus rouges qu'avant. Alors, d'autres employés vinrent et essayèrent de calmer la situation, mais ils commencèrent à se disputèrent entre eux. Je courus dans les espaces réservés aux personnels, me rhabilla et rentra chez moi. Qu'est-ce que j'avais eu honte ! L'employé énervant raconta tout au patron, et le surlendemain, je reçus une lettre de licensiement. »

     

    Mes petits-enfants avaient bien rigolés, mais en même temps ils ne comprenaient pas vraiment pourquoi c'était aussi difficile à cette époque. C'est sûr que maintenant, il y a eu beaucoup de progrès technique.

    - J'ai tellement eu honte et j'ai tellement regretté… Mais maintenant ça me fait bien rire. Alors retenez bien qu'il faut réfléchir avant d'agir ! Conclus-je, rigolant gaiement.


     

    Qu'en pensez-vous ?

     


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  • "- Mamie ! MAMIE !, m'appelait ma petite-fille.
    - Oui, quoi encore, Emilie ?
    - Bah, regarde ! Y a écrit "Interdit aux chiens", et tu laisses Pillie sur l'herbe d'ici ?
    - Ooooh, c'est pas bien, dit ironiquement mon petit-fils Paul.
    - Ecoute. Je vais te raconter un souvenir de ma jeunesse. Tu comprendras.
    - Bah, ok mais, on s'asseoit sur ce banc alors ?
    - D'accord.

     

    Nous nous dirigeâmes donc vers le banc le plus proche, et nous nous asseyâmes tranquillement. Je fis monter Pillie qui gémissait pour venir avec nous. Quelle est mignonne, cette petite chienne !

     

    - Quand j'étais petite, on avait un chien. Il s'appelait "Guismo", c'était un labrador. On voulait aller sur une plage, mais c'était interdit aux chiens. La terre n'appartient à personne ! Pourquoi ce serait interdit ? Alors, on y est quand même allés. Pour ne pas recevoir d'amende, on se faisait tout petit sur la plage. De toute façon, il était près de 20h et les maîtres nageurs n'étaient plus là. C'était très beau, d'ailleurs, le coucher de soleil.

    - Oui, enfin, tu peux m'expliquer le rapport ? rétorqua Emilie.

    - Patience ! Tu verras après.

    Décidément, Emilie est moins patiente que je ne l'imaginais. M'enfin.

    - On s'amusait bien, en toute liberté, avec Guismo qui parfois allait dans l'eau pour faire une petite trempette, courait quand on lui autorisait. Et puis... Un moment, il n'est pas ressorti de l'eau. Il était allé trop loin, et ne nous obéissait plus. J'avais peur pour lui, mais j'espérais qu'il savait ce qu'il faisait, puisqu'il avait beaucoup d'expérience en nage. Sur le coup, j'avais regretté de l'avoir emmené sur la plage.

    - Ah bah tu vois ! commenta ma petite-fille.

     

    J'ignorai sa phrase et poursuivai mon récit.


    - Et puis... Au bout de plusieurs minutes, il réapparut. Il nageait de toutes ses forces, avec difficulté pour nous rejoindre. Je n'avais pas remarqué mais, il ramenait avec lui une petite fille de ton âge à peu près. Tout le monde l'a félicité. Enfin, ceux qui avaient vu, car pas grand monde n'était présent. La famille, qui, tout à l'heure, cherchait despérément leur fille, nous ont beaucoup remercié. Ils ont insisté pour nous donner un peu d'argent, et, on a fini par accepté leur offre. Grâce à Guismo, une petite fille avait été sauvée. Depuis, la ville, sous les demandes des autorités, a décidé d'accepter les chiens sur la plage. Il fallait juste ramasser les besoins du chien si on voulait y accéder. Heureusement que nous avions "bravé" les lois, dis-je en rigolant légèrement. Tu vois pourquoi je ne fais plus attention aux interdictions concernant les chiens ? On peut obtenir beaucoup grâce à eux !

    - Waaw. Vous êtes passés dans les journaux ? Demanda mon petit-fils.
    - Oui. On avait été beaucoup félicité, et on est même passés à la télé.
    - Je dois avouer que, c'est vrai, vous aviez bien fait. Mais là, le truc, c'est qu'on est dans l'herbe. Et qu'il n'y a rien à sauver dans l'herbe.

     

    Sur ces mots précisément, Pillie aboya en direction d'un chaton frêle dans les buissons. Il était très beau avec ces tâches brunes, noires et blanches. Des fines moustaches se dessinaient sur son museau. Je le prenai dans mes bras avec délicatesse, pour ne pas lui faire de mal. À présent, j'ai un mignon chat qui accompagne mon chien chez moi. Et, bien sûr, une petite-fille qui comprend et obéis !"


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  • Les flocons de neige tombaient les uns après les autres du ciel gris. En respirant derrière les carreaux de verre, on pouvait presque dessiner des petits cœurs dans la buée. Les températures étaient bien meilleures à l'intérieur. On n'entendait que le bruit du bois se transformant en cendres dans la cheminée et les cris euphoriques de ma Boucles d'or qui jouait avec ses parents dans la neige. C'est assez amusant de les voir sautiller dans le coton. Cela va bientôt faire une heure qu'ils s'amusent ainsi. Alors que les lèvres des grands enfants devenaient bleues, celles de la petite blondinette ne faisaient que sourire. Tu as bien raison. Mais il faut peut-être que tu songes à rentrer avant d'attraper un mauvais rhume. Je me dirigeai vers la porte d'entrée puis l'ouvris. Le froid entra sans même frapper. Je frissonnai et remontai un peu mon gilet.

     

    - Cléa, tu rentres ?

     

    Je sais pertinemment que cette phrase n'a aucun effet sur un petit être à peine âgé de quatre ans et plein d'énergie.

     

    - J'ai une surprise.

     

    La petite se retourna, comme si ce mot faisait partie de son dictionnaire de mots magiques. Elle arriva en courant, comme elle put à cause des centimètres de neige accumulés. Lorsqu'elle fut dans mes bras, elle devait peser quelques kilos en plus avec la poudreuse incrustée dans ses bottes. Son père m'aida à retirer tous ses habits mouillés et je l'emmenai près de la cheminée.

     

    - Mamie, mamie ! C'est quoi la surprise ?

     

    Qu'est-ce qu'elle peut être curieuse. Au moins je sais de qui elle tient. Je la posai sur mes genoux, une fois installée dans mon fauteuil préféré.

     

    - Une histoire, ça te dit ?

     

    Elle gesticula comme un ver de pêche tout en riant de ses petits poumons. Je vais prendre ça pour un oui. Mettre le doigt devant la bouche a un effet aussi immédiat qu'un coup de jus donné par une voiture métallique. Cléa se tut mais afficha un sourire des plus mignons sur son visage encore rosé par le froid.

     

    -Il était une fois...

    - Il y a des princesses ?

    - Cléa...

     

    Je posai une nouvelle fois le doigt devant la bouche avant qu'elle ne baisse la tête en s'excusant. Peut-être devrais-commencer autrement... Je commençai donc par « Un jour » puis racontai l'histoire de ce si petit garçon arrivant dans l'école maternelle dans laquelle j'étais aussi. Mais bien évidemment, je préférais parler de l'école de la petite « Jeanne » pour éviter les questions de Cléa. Il y en aura tout de même des questions...

     

    - Elle s'appelle comme toi, mamie ?

     

    Qu'est-ce que je disais. Je hochai simplement la tête en guise de réponse tout en continuant mon histoire, ajoutant que, ce jour-ci, était le premier jour de Loïc. Quand il est arrivé, il était perdu, tout seul, allant s'asseoir sur un banc, devenu son banc avec le temps, les yeux rivés sur ses camarades en train de jouer à la marelle, faire du toboggan, courir, sauter, crier, rire et même chanter. Mais ce qu'il ne savait pas, c'est que d'autres personnes se préoccupaient de sa solitude. Jeanne en faisait partie. Elle aussi était petite, toute petite de par sa taille. Elle n'aimait pas parler aux autres. Elle ne parlait que quand elle en était obligée. Elle suivait le mouvement de ses amies, leur courait après parce qu'elle le devait, disait oui pour faire plaisir et ne souriait qu’extérieurement. Jeanne avait vu Loïc, dès son arrivée. Elle connaissait les têtes de tous les élèves de son école, tous les noms, et lui, ce petit garçon, était nouveau.

     

    - Alors qu'un jour, une de ses amies était malade, continuai-je, Jeanne se décida à parler au petit garçon qui avait sympathisé avec le banc de l'école.

     

    Je regardai les petits yeux bleus scintillants de Cléa qui ne demandaient qu'à connaître la suite alors je continuai. J'ajoutai que Jeanne avait traversé toute la cour pour s'asseoir à côté de Loïc. « Salut » lui dit-t-elle. Celle-ci fut d'abord souriante, et puisqu'elle ne croisa pas son regard, son sourire disparut. Jeanne le secoua alors en répétant ses paroles. Elle sourit de plus belle en voyant ses yeux bruns comme la pâte à tartiner et Loïc lui sourit en retour. Le temps de leur récréation, ils firent quelque peu connaissance avant que les maîtresses les appellent pour retourner en classe. Pour la première fois, Jeanne parlait sans s'en priver, et Loïc n'était plus tout seul. Au fil des heures, elle le vit sourire et rire. Le soir, elle ne voulait plus repartir.

     

    - Mais tout comme toi, Jeanne sait que ça ne sert à rien de faire d'histoire. Alors elle ne dit rien et alla prendre le bus comme tous les jours pour rejoindre sa maman.

     

    Cléa rit et je poursuivis. Les jours passèrent, et Jeanne voyait les feuilles des arbres tomber aux côtés de Loïc sur leur banc. Tous les petits enfants couraient et criaient, mais pas eux. Le banc et les paroles étaient assez divertissants. « Heureusement que Marie n'était pas là » dit alors Jeanne. Loïc lui demanda alors pourquoi, et elle répondit, qu'autrement, elle ne serait pas venue lui parler. « C'est pas grave parce que moi je serais venu. On est meilleurs amis » fit-il. A partir de ce jour, ils devinrent inséparables.

     

    - Ça veut dire quoi « inséparables » ?

    - Qu'ils restaient toujours ensemble.

    - Ah... Comme papy et toi ?

     

    Presque. Mais je hochai la tête pour confirmer parce que dieu sait à quel point cette petite peut être têtue. Je continuai donc. Ils ne se quittaient plus, faisaient leurs exercices à la même table, les travaux de groupe ensemble, les préparatifs pour la fête de fin d'année ensemble. Ils faisaient absolument tout tous les deux. Puis un matin de décembre, un maître vint chercher Jeanne dans le rang de sa classe. Elle ne comprit pas tout de suite. Le grand monsieur lui expliqua alors qu'elle changeait de classe. « Pourquoi ? » demanda-t-elle. Le maître lui répondit simplement qu'elle était trop « forte » pour rester dans sa classe, qu'elle comprenait déjà tout et qu'elle devait aller dans une autre classe pour apprendre plus de choses. Ce matin-là, elle n'avait pas vu Loïc arriver dans la cour. Alors, lors de la récréation, Jeanne ne s'assit pas sur le banc de l'école. Elle avait vu Loïc, mais elle n'est pas allée le rejoindre. Elle partit un peu plus loin, près d'une fenêtre. Elle vit le reflet de Loïc un peu plus tard et tourna la tête. Son meilleur ami essayait de lui parler, lui demanda pourquoi elle n'était pas là ce matin, pourquoi elle ne venait pas s'asseoir et pourquoi elle ne voulait pas lui parler. Mais Jeanne savait que ce n'était pas la faute de Loïc. Elle était seulement en colère, et quiconque venait lui parler en prenait plein la figure. Ce n'est que l'après-midi que celle-ci voulut bien lui raconter ce qui se passait. « Mais on est toujours amis » dit Loïc. Bien sûr qu'ils étaient toujours amis, mais ce n'était plus pareil maintenant qu'ils n'étaient plus dans la même classe, qu'ils n'étaient plus tous les deux. Les jours qui suivirent, c'est Loïc qui fit l'effort de venir la voir. Son amie était triste, mais il arriva à lui rendre le sourire. L'intelligence de Jeanne lui avait fait perdre son ami mais elle ne se laissa pas abattre. Les jours reprirent leur cycle. Les deux amis se voyaient lors des récréations. Quelques mois plus tard, ce détail n'était plus rien. Puis le dernier jour dans cette école arriva. Jeanne devait aller en primaire dans une école un peu plus loin et Loïc, lui, avait un billet d'avion pour la Guyane sur la table basse du salon.

     

    - C'est où la Guyane, mamie ?

    - Loin. Très loin mon petit cœur.

     

    Je ne me laissai pas perturbée par sa question et continuai. Loïc promit alors qu'ils se reverraient un jour. Et il tint sa promesse. Un jour, Jeanne eut la surprise de le voir entrer dans sa salle de classe de CE1. Quand on est petit, on oublie vite les choses. Et durant sa première année de primaire, c'est ce qui s'est passé. Jeanne avait peu à peu oublié son meilleur ami. Mais quand elle l'avait vu devant le tableau, se faire présenter par sa maîtresse qui disait qu'il venait de loin, elle s'en était souvenue, elle se souvenait de celui à qui elle avait parlé, le petit garçon assis tout seul sur son banc. Loïc est parti, mais il est revenu.

     

    - Depuis ce jour, ils ne se sont plus jamais quittés, finis-je.

     

    Je regardai Cléa. Ses yeux s'émerveillaient et le rosé de ses joues avait laissé sa place au rouge. C'est vrai qu'il fait un peu chaud près de la cheminée. Je ne voulais pas lui dire qu'en réalité, Loïc est bien revenu, mais qu'il est reparti. Cléa a été élevée aux contes de fées et aux fins heureuses, et je ne tiens pas à gâcher sa journée à cause d'une histoire. Alors pour elle, Jeanne et Loïc resteront les meilleurs amis du monde. Ce n'est qu'une histoire parmi tant d'autres. Et les bâillements de Cléa, cherchant quelle partie de sa mamie ferait le meilleur oreiller, le prouvent bien.

     

     


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  • Voici la participation de Couleur-Parenthèse au sixième concours qui, je vous le rappelle, a été annulé. N'hésitez pas à donner votre avis en commentaire !


     

     

    Dans la rue

     

    Depuis longtemps, je voulais vous raconter cette histoire.

    Il y a quelques années, dans mes trente ans, un peu plus peut-être, je pratiquais régulièrement la danse Modern jazz.

    C’étaient les premiers jours du printemps !

    L’air reposait doux et tranquille sur la campagne et même la ville du Puy en Velay respirait sans bruit ce souffle tiède inattendu.

    Comme tous les lundis, j’allais donc au cours de danse.

    Je m’étais habillée de court et sur mes jambes, des collants fleuris faisaient chœur avec le printemps.

    Je me sentais belle et sereine ce jour-là !

    Lorsque je descendis de la voiture, deux clochards goûtaient aussi l’air du temps, assis sur le trottoir d’en face.

    L’un était jeune et quand il me vit, il s’écria de belle voix :

    « Alors jeunesse, ça va ! »

    Son compère, plus âgé confirma aussitôt son interpellation.

    Il n’y avait dans leur regard et dans leur voix rien de laid, seulement une belle franchise spontanée !

    Je passai alors devant eux, sans un mot, sans un geste et mon sourire tout rentré au-dedans de moi, fière.

    Le temps a passé depuis mais un après-midi, dessous ma fenêtre, il n’y a pas longtemps, alors que j’étais dans la paix de ma maison, ma conscience me rappela cette histoire simple et j’entendis tout au fond de mon cœur cette petite voix claire que je connais bien, très douce, de Notre Seigneur :

    « Tu n’as donc pas vu ce jour-là, que c’était Moi qui te saluais par l’intermédiaire de ces deux clochards et que j’honorais ainsi ta jeunesse !

     

    Alors dans ma maison, cette après-midi-là, j’ai demandé pardon au seigneur, Notre Père, pour n’avoir pas répondu à sa jolie et tendre salutation.

     

    Aujourd’hui, je le prie pour que chaque jour, désormais, mon cœur le reconnaisse dans tout ce qu’il m’envoie.

     

    Et vous, mes petits enfants, ne manquez pas quand vous descendrez dans la rue de bien voir celui ou celle qui passe près de vous et si le pauvre de ce monde vous adresse une parole et même une prière, ne vous dérobez pas mais simplement déjà saluez en lui le Dieu de la Vie.

     

    Où comment une grand-mère peut transmettre sa foi à ses petits enfants d’aujourd’hui !

     

     


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