• Mange ta soupe ! 

     

     

    « Mange ta soupe ! Pense à tous les petits enfants qui n'ont rien à manger et qui voudraient tellement manger une soupe comme ça ! »


    Qui n'a jamais entendu cette phrase censée nous convaincre de finir une nourriture que l'on n'aime pas ? C'est LA grande phrase de beaucoup de parents, dont les miens, quand j'étais petite.


    Avec moi, ça n'a pas marché bien longtemps.
    Pense aux enfants qui seraient tellement heureux d'avoir ta soupe, et mange-la, ingrate, profite de la nourriture qu'on te donne, ne fais pas la difficile, mange parce que ta vie de petite fille de cinq ans pourrait être bien pire.
    Pense à tous les enfants qui n'ont rien à manger, et mange. Très vite, j'ai répliqué que je voulais bien leur donner, ma soupe, aux pauvres petits enfants qui n'ont rien à manger. Parce que, pourquoi moi, qui ne mourais pas de faim, serais-je obligée de me forcer à manger quelque chose qui me dégoûtait, alors que des tas d'enfants en avaient envie ?
    Je n'ai récolté que des « Tais-toi et mange. ». Forcément, quand on a moins de dix-huit ans, on n'est pas autorisé à de telles remarques qui paraissent, je vous l'accorde, plutôt insolentes.


    Mais elles sont vraies. Il est rare que j'aie faim quand on m'appelle pour manger. Petit-déjeuner, déjeuner, parfois goûter, dîner. On mange trop. On est pleins à craquer de nourriture, le frigo et les placards sont remplis régulièrement, on consomme de plus en plus de produits de marque, chers et inutiles. Alors qu'ailleurs, sûrement même pas loin de chez nous, des gens travaillent jour et nuit pour pouvoir nourrir leur famille, des enfants vivent avec la faim et parfois un seul repas par jour voire aucun. Il y a plein de gens qui ne mangent pas à leur faim et moi je n'ai plus faim.


    Qu'est-ce que je fais, de ma soupe, maintenant que je sais qu'elle serait bien plus nécessaire à d'autres qu'à moi ? Je la mange, bien sûr, parce que ce serait gâcher, et c'est ce que mes parents voulaient me faire comprendre. Bien sûr, quand on a quelque chose dans son assiette, on le mange.


    Mais, parents, par pitié, n'utilisez plus cet argument. C'est totalement illogique de manger parce que d'autres, dehors, ont faim. Quand on dit que d'autres ont faim, n'ont pas accès aux soins nécessaires, on mange à notre faim, on n'utilise que ce dont on a besoin. Pas besoin, par exemple, d'acheter un Iphone dernier cri à toute votre famille, même votre fille de onze ans, ou d'acheter deux tonnes de maquillage, même si la société est ainsi.


    Dans Les Vacances, livre de la Comtesse de Ségur que j'ai lu et relu plus jeune, une parole de Paul, un des petits héros, m'a marquée :
    « Quand on a de quoi manger, de quoi s'habiller, se chauffer et vivre agréablement, de quoi donner à tous les pauvres des environs, à quoi sert le reste ? On ne peut pas dîner plus d'une fois, monter sur plus d'un cheval, dans plus d'une voiture, brûler plus de bois que n'en peuvent tenir les cheminées. Ainsi, que faire du reste, sinon le donner à ceux qui n'en ont pas assez ? »


    Je finirais cet article en rappelant qu'il existe plusieurs associations ou organisations qui aident ceux qui en ont besoin. Les Restos du Cœur, par exemple, le Secours Populaire, la Croix-Rouge ou encore Action Contre La Faim pour ne citer que celles-là. C'est à nous de choisir ce qu'on veut faire de notre vie, de notre argent, de nos habitudes. C'est à nous de choisir nos idées. Moi, j'ai choisi les miennes.

     

     


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  • Feeling a girl.

    "Je dis juste que, si une fille qui se balade en minijupe se fait violer, bah c'est de leur faute à eux deux."

    Voici ce qu'un garçon de dix-sept ans a déclaré dans ma classe, essentiellement féminine, supposant qu' "une fille qui se promène en minijupe cherche à se faire violer".

    Non.

    Personne n'a envie de se faire violer. Car dans ce cas, puisqu'il y a consentement, il me semble logique que cela ne soit pas un viol.
    Le viol ou les agressions sexuelles sont des actes inacceptables, inhumains, horribles et extrêmement graves. Ils ont des conséquences désastreuses sur la vie des victimes, que ce soit au niveau physique, psychologique, émotionnel ou comportemental.
    Alors non, une femme qui se promène en minijupe ne recherche pas cela, elle veut peut-être séduire, mais pas subir de tels actes.

    Une femme n'a pas à s'habiller selon les "consignes". Si je veux me promener la nuit en minijupe, je le fais. Sortir en pantalon pour ne pas courir de risque, ou ne pas sortir du tout, c'est agir par la peur et la laisser gagner. On raisonne trop souvent à l'envers : "si tu mets une minijupe le soir et que tu sors dans la rue, tant pis pour toi si on t'agresse, je t'aurais prévenue". Dans ce cas on ne se met plus en maillot de bain à la piscine, on se baigne tout habillée, on se couvre des pieds à la tête même par trente degrés.
    On peut se faire agresser, que l'on soit un homme, une femme, une petite fille ou un petit garçon. Que l'on soit en robe courte, en jupe longue, en short, en pantalon, ça ne change absolument rien, le risque est le même. Le problème, ce n'est pas de sortir dans telle ou telle tenue, parce que si quelqu'un veut vous faire du mal, il vous le fera même si vous êtes habillée en cosmonaute. Le problème, c'est que personne n'a le droit d'agresser quelqu'un, c'est que l'agression ou le viol ne devraient pas avoir à exister, c'est cette culpabilisation des femmes alors que ce n'est pas elles qu'on devrait culpabiliser.

    Le seul coupable est l'agresseur, et il n'est pas excusable.


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  • Trois cent soixante-cinq jours à leur place.

    Léa, treize ans. Parmi une cinquantaine d'autres noms, celui de ta fille, noir sur blanc, on ne peut plus officiel. Ta fille, disparue. A deux heures du matin, enlevée par des gens en noir, qui criaient des mots incompréhensibles, d'après les surveillants du collège. Des terroristes, d'après le gouvernement. Des terroristes, un internat, ta fille, et cinquante autres.
    Les larmes ne viennent même plus. Tu es juste à bout de forces, dans des bras compatissants, avec ton fils à côté, pâle, assis sur une chaise. Il sait, lui aussi, il n'a que sept ans, mais qu'est-ce que tu pouvais lui dire d'autre ? "Des gens sont partis avec ta sœur et les autres filles de l'internat, cette nuit."

    Il est sept heures du matin et la journée est déjà trop longue. L'enlèvement fait les gros titres de tous les journaux. Les chaînes d'information en continu on sorti leurs bandeaux flash et leurs éditions spéciales qui tournent en boucle. Tout ça te paraissait si loin, avant.
    Tu as signé quelques papiers, appelé pour dire que tu ne viendrais pas travailler, rassemblé tout ton courage pour parler à un journaliste sans craquer. Maintenant, tu sembles étrangement calme, et pourtant, au fond, tu as peur, tu es terrifiée. Terrifiée - terroriste.
    Trop d'annonces pleines de questions terribles auxquelles personne ne peut répondre.

    Il est neuf heures et le Président est venu te serrer la main et t'adresser quelques mots qui se veulent encourageants. Le jour s'écoule dans un brouillard de bruit et de mains serrées. Une seule chose tourne dans ta tête. Ta fille a été enlevée.

     

    Un grand vide s'installe. Plus de Léa bougonne le matin au lever, plus de Léa complice, plus de Léa, plus de Léa du tout. Souvent tu vas t'asseoir dans sa chambre, sur son lit, et tu prends son précieux téléphone dans tes mains, en songeant que si elle avait eu le temps de le prendre, elle serait peut-être là aujourd'hui.
    Tu te souviens des moments passés avec elle depuis sa naissance, et tu ne peux pas t'en empêcher, même si tu t'effondres en pleurs juste après.
    Mais surtout, tu as peur, encore et toujours. En une semaine, tu as eu le temps d'imaginer le pire. Tu as déjà entendu parler de cette organisation terroriste, avant. Tu sais de quoi ils sont capables.

     

     

    Un mois est passé. Un mois d'appels passés à diverses associations qui pourraient t'aider. Trente jours d'inquiétude. A part une vidéo pleine de menaces au début de l'attente, pas de nouvelle. Les réseaux sociaux s'enflamment, les gens paraissent vraiment avoir envie de faire bouger les choses. L'espoir vous anime, toi et ta famille, Léa va revenir.

     

     

    Trois mois. L'ont-ils mariée de force ? Violée ? Entraînée à tuer ? Utilisée comme bombe humaine ? Elle n'a que treize ans, elle est si jeune ! Si jamais elle revient, dans quel état sera-t-elle ?
    Son absence te pèse. Ton fils s'inquiète. Il ne veut plus s'endormir sans veilleuse, après avoir bien fermé la porte et les volets.
    Tu n'aurais pas dû l'envoyer en internat. Tu aurais pu te débrouiller autrement, l'emmener tous les matins et la reprendre tous les soirs... Mais non, tu secoues la tête en te disant que ça n'est pas à imaginer.
    Les réseaux sociaux se sont tus. Les médias aussi. Une ou deux personnes, de temps en temps, rappellent l'existence de cette cinquantaine de jeunes filles retenues par des terroristes. Le gouvernement, lui, ne donne plus de nouvelles, sauf celles de son impuissance face à une telle situation. On ne sait où elles sont. On ne sait si elles sont encore en vie.

     

     

     

     

    Huit mois. Alors que tous les croient mortes, une rumeur de libération proche te parvient. Mais les jours passent, et plus rien. Tu apprends que plus de mille femmes, aussi bien des fillettes que des mères, ont été enlevées. Ça aurait pu être toi aussi.
    Personne ne bouge, ils ont pris ta fille, ils ont pris vos filles, et personne ne tente quelque chose, personne ne dit rien.

     

     

    Trois cent soixante-cinq jours et toujours rien. Tu ne t'habitues pas au vide laissé par le départ de ta fille. Tu refuses de la croire morte, pourtant chaque jour qui passe vous éloigne un peu plus l'une de l'autre.Tu désespères de la retrouver un jour. Avant, ce terrorisme te paraissait si loin.
    Et tu supplies le monde pour qu'il te rende ta fille en vie.

     

    Dans la nuit du 14 au 15 avril 2014, 279 jeunes filles nigérianes, âgées de 12 à 17 ans, étaient enlevées par le groupe islamiste Boko Haram, de leur lycée à Chibok. 
    Un an après, plus de 200 lycéennes n'ont toujours pas été retrouvées. Et si votre fille se trouvait parmi elles ? N'auriez-vous pas envie que le monde fasse quelque chose pour les retrouver ? A quel point la douleur de l'absence et l'inquiétude vous envahiraient-elle ? Imaginez l'horreur que vivent les jeunes filles.
    Ne rien dire, c'est accepter que l'on puisse penser que les filles n'ont pas le droit à l'école, c'est accepter, petit à petit, l'oppression, mais aussi la souffrance de ces filles et de leurs familles.
    Ces filles ne doivent pas tomber dans l'oubli. Sont-elles mortes, sont-elles vivantes ? Peut-être qu'il n'est pas trop tard, en tout cas, nous devons réveiller cet espoir.


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  • Violence

     

    Aujourd'hui, j'écris l'incompréhension, la colère, le désespoir d'une jeune fille de seize ans de plus en plus perdue dans ce monde.

     

    Je me souviens des crimes de Mohammed Merah, de la colère générale, de l'interminable après-midi passée devant la télé à attendre des nouvelles de l'opération menée pour l'arrêter.

     

    Je me souviens de l'enlèvement des jeunes filles nigérianes par Boko Haram l'année dernière. De l'indignation générale, du #BringBackOurGirls international, des rassemblements, et puis plus rien. D'un espoir de libération évoqué il y a quelques temps, puis plus rien. Et toujours rien.

     

    Je me souviens de l'attentat terroriste commis à Charlie Hebdo, appris un mercredi midi quand je rentrais du lycée. Je me souviens de Montrouge, de Dammartin-en-Goëlle, de l’Hyper-casher porte de Vincennes, de BFM TV et d'Itélé diffusant des infos au conditionnel.
    Je me souviens des Je suis Charlie, des chansons, des textes, des dessins. Je me souviens du 11 janvier et des frissons devant tout ces gens rassemblés calmement pour montrer leur solidarité, leur résistance au terrorisme, leur volonté de faire vivre encore longtemps les valeurs de la France.

     

    Je me souviens des attentats de Boston en 2011, de Copenhague, de Tunis, au Yemen, en Syrie, et dans tant d'autres pays en ce début 2015. Des SMS envoyés avec une amie, des "oh non" et des smileys qui pleurent. D'un article sur l'attaque de Garissa au Kenya lu sur Paris Match il y a quelques jours.

    Mais rien. Les médias relaient plus ou moins les informations, plus ou moins justement. J'ai vu quelques #JesuisNigerian passer, c'est tout.

     

    Qu'est-ce qu'on fait ? J'ai l'impression que rien. Qu'est-ce qu'on peut faire ? Comment agir ? Je ne sais pas.

     

    Des gens crèvent de faim, des gens crèvent de balles, de couteaux et de tortures, parce qu'ils sont chrétiens, noirs, pas assez musulmans, d'une ethnie particulière, d'un peuple particulier, ou simplement parce qu'ils sont là, et nous, on ne fait rien. Oh, c'est trop facile de dire «Je ne sais pas quoi faire. Je suis impuissant(e)», oui, moi aussi je le pense.

     

    En français, on a parlé du poids des mots. On a chipoté sur l'utilisation d'inadmissible pour quelque chose de plutôt futile.

    Mais maintenant, on peut au moins dire que ces meurtres sont horribles et inadmissibles, puisque notre pays nous permet de nous exprimer librement. On peut au moins s'exprimer, et ça, qu'on ait onze, vingt-deux, trente-cinq, cinquante ou soixante-dix ans, on peut tous le faire. On peut réfléchir à des solutions, même si c'est pas facile, on peut en parler aux autres. On peut refuser d'avoir peur.

     

    On peut au moins éviter que cette violence devienne banale. S'il vous plaît.


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